Liliana Magdalena Rossi



Résidence de production du 2 fév. au 30 juin 2026

Née en Argentine et formée aux Beaux-Arts de Lyon, Liliana Magdalena Rossi développe une pratique sculpturale, graphique et vidéo, intimement liée à l'espace domestique. Entre mémoire de son enfance sud-américaine et traversée de la maternité, elle explore les dimensions affectives, économiques et spirituelles de la famille. Son travail se caractérise par un processus lent et persévérant, fondé sur la minutie du geste répétitif et la circulation constante entre les médiums.

Je suis arrivée à la Factatory après leur avoir adressé une candidature spontannée. Marie B m’a accueillie chaleureusement et m’a proposé une résidence que j’ai acceptée presque immédiatement. Peu après, Chloé m’a remis les clés du portail vert et j’ai découvert un lieu incroyable où j’allais travailler pendant deux mois: des arbres, un chat roux, des oiseaux, des gens creusant des trous, sculptant le bois, en plus de toutes les possibilités matérielles et spatiales dont un artiste peut rêver.

C’est là que j’ai retrouvé mon amoureux, et aussi l’amoureux de beaucoup d’autres : le très convoité four à céramique. Mille trois cents degrés de chaleur furieuse ; parfois bienveillant, parfois meurtrier. Il a fait exploser une sculpture que j’avais mise à cuire bien trop tôt et m’a brisé le cœur (mais ça, c’est arrivé plus tard).
Je suis arrivée là pour la première fois en tenant d’une main ma fille et, de l’autre, mon sac contenant une séquence animée d’images : un petit chien qui aboie, gardant une sorte de porte, ou de portail.

— Après qui aboie le petit chien ?
— Après quelqu’un qui passe.
— Qui passe ?
— Un petit âne.
— Quel petit âne ?
— Celui qui est chargé.
— Qu’est-ce qu’il porte ?
— Une famille.
— Quelle famille ?
— Une famille qui voyage.
— Et où vont-ils ?

Et dans ma tête était le tympan de la cathédrale d’Autun, du XIIe siècle, où une famille (ou plutôt, la Famille) prend le chemin de l’exil à cause d’un sociopathe. Joseph tient les rênes de l’animal. Marie est assise sur l’âne et serre dans ses bras Baby Jesus, déjà condamné de toute façon... Et pour suggérer le mouvement, d’une manière très astucieuse, l’ensemble a été placé sur un socle, lui-même monté sur des roues.

Déplacement. Puis. Ensuite, et encore dans ma tête : une vidéo, un loop, un carrousel.
Mille deux cents images. Et des portes. Beaucoup de portes avec des serrures :

* porte avec ânes
* porte du vilain petit chien
* porte avec tête
* porte des dragons
* porte du canard dans l’eau
* porte de la vierge
* porte avec vase
* porte avec pont
* porte avec tour
* porte avec pomme et ver
* porte des trois filles
* porte DOG

Et, en même temps, un tympan-portal-passage : avec une tête, les bras ouverts pour étreindre, l’âne, et encore une fois la Famille.
Un portail posé sur du charbon tirant la langue.
Une scène de dévoration ou un ventre procréateur (je ne sais plus).
Le bicho bomba.
Kaboom, kaboom !

Un vase qui n’a pas atteint la température espérée, mais qui abrite aujourd’hui, malgré cela, des boutures de rosiers et de figuier que j’ai rapportées des lieux. Ils prendront racine, peut-être. Fin du carrousel.

Et tout cela à partir d’un petit chien (ma muse), mon vrai petit chien qui aboie, aboie et aboie ; d’un petit âne, de Marie B, de Chloé et de la Factatory. Si, par hasard, mes amis artistes me lisent, n’hésitez pas à frapper à la porte de la Facta : celle-ci n’est pas fermée.


Liliana Magdalena Rossi, sept. 2026.


Photos © Liliana Magdalena Rossi