Cédric Esturillo



Résidence de production du 4 mai au 8 août 2026

Cédric Esturillo développe une pratique sculpturale centrée sur le travail du bois, la céramique et l'assemblage, à la croisée du vestige et du vivant. Manipulant le grès, l'émail et des matériaux bruts, il façonne des pièces aux résonances archéologiques ou biologiques qui évoquent autant des fragments de corps que des reliques d'un autre temps. 

Durant ma résidence à la Factatory, j’ai décidé de produire de nouvelles formes en bois à partir de techniques développées pour l’occasion. Jusqu’alors, j’avais travaillé le bois de manière plus directe, avec un degré de détail moindre. La résidence m’a permis de réactiver et d’approfondir des recherches autour de la taille et du collage, à partir de différentes essences de bois brut de pays achetées pour l’occasion (tilleul, merisier, noyer, chêne) mais également de bois prélevé directement sur le site, notamment du thuya et du tilleul.

J’ai également expérimenté différentes manières de patiner le bois, à partir de pigments naturels et de peinture à l’huile, afin d’obtenir des teintes légères, parfois vives, mais le plus souvent transparentes, laissant apparaître les différentes essences et leurs particularités.
Les formes produites, de petit format, ont été choisies pour leur forte charge symbolique et leur relation au végétal : le citron, très présent dans la nature morte et dans l’histoire de l’art ; la grenade, dont la symbolique traverse les récits mythologiques ; mais aussi l’œuf ou la feuille de vigne. Chaque forme a été déclinée en plusieurs exemplaires, comme une manière d’introduire la question du temps et de la variation dans ce travail.

Deux séries sont venues prolonger cette réflexion. Une série de trois bougies, représentées en train de fondre et devenant progressivement plus petites, et une série d’amanites tue-mouches, au contraire de plus en plus imposantes. Dans les deux cas, la répétition d’une même forme permet de rendre visible une transformation, un passage d’un état à un autre.

La résidence a également été l’occasion de produire une nouvelle pièce associant pour la première fois peinture et sculpture sur bois, sous la forme d’un bas-relief intégrant une peinture à l’huile. J’ai aussi réalisé quelques céramiques semi-fonctionnelles, moulées à partir de fragments de thuya trouvés dans les espaces de la Factatory.

Lors de la présentation de fin de résidence, j’ai réuni l’ensemble des pièces dans une installation énigmatique rejouant certains codes de l’histoire de l’art, tout en intégrant trois ruches déjà présentes sur le site. Leur présence était une manière de rendre hommage au lieu et à ce qui s’y trouvait avant mon arrivée, mais aussi d’introduire une autre dimension du temps : un temps plus naturel, lié aux saisons, aux cycles de transformation et aux relations entre les êtres humains et les abeilles.


Photos © Cédric Esturillo