Virya Chotpanyavisut



Résidence de recherche du 15 janv. au 30 mai 2026

Formé à l'ENSPAC (Cergy), Viriya Chotpanyavisut, photographe et vidéaste thaïlandais, aime capturer des phénomènes atmosphériques ou des détails en milieu urbain souvent invisibles à l’oeil nu, tels que la poussière en suspension ou des jeux de lumière évanescents.

Mon expérience de résidence artistique dans un lieu ayant autrefois été la maison de quelqu’un fut une rencontre avec les traces persistantes de la vie habitée. Les marques laissées par les êtres humains, les objets, les odeurs, la présence des arbres plantés pour créer de l’ombre, ainsi que le soin apporté à la construction : tout cela constitue la première sensation que j’ai éprouvée en arrivant.

Être invité à produire un travail artistique pendant une période de quatre mois m’a amené à m’interroger sur la notion d’« adaptation » — s’adapter à un lieu, travailler avec l’environnement tel qu’il existe déjà, et créer une œuvre qui témoigne d’un véritable respect envers cet espace.

En tant qu’artiste, je possède déjà de nombreuses œuvres prêtes à être exposées dans des galeries ou des centres d’art. Pourtant, pour cette résidence, j’ai choisi de recommencer  tout depuis le début. Je souhaitais concevoir de nouvelles œuvres à partir d’une expérience directe du monde extérieur, à la manière de la photographie, qui demande de marcher, de regarder et d’observer attentivement.

Ma première impression en arrivant à Factatory fut celle d’un fragment de nature encore présent au cœur de la ville. Autour du lieu, l’espace se transforme rapidement : terrains de football, piscines, espaces de loisirs, routes et signes de la vitesse de la vie urbaine remplacent progressivement le paysage d’origine.

J’ai commencé à m’intéresser à la relation entre « ce qui subsiste encore » et « ce qui est en train d’arriver »; entre la nature et le développement urbain, entre la mémoire et la transformation de la ville. Je me suis demandé si, dans un espace en mutation permanente, l’être humain était encore capable d’écouter les voix silencieuses du lieu.

Le studio qui m’a été attribué pour la résidence était une ancienne maison recouverte de papiers peints floraux — des « traces du passé » représentant des fleurs que je ne connaissais pas, imprimées dans des couleurs qui ne ressemblent pas aux impressions modernes. Cela m’a rappelé une période de ma vie où, à l’âge de douze ans, j’avais été novice bouddhiste. Je vivais alors dans une cellule monastique, un espace de résidence pour les moines, un lieu d’apprentissage fondé non pas sur les sciences académiques mais sur l’expérience directe, l’attention portée à l’environnement et la conscience du monde qui nous entoure.

Durant les trois premières semaines de résidence, en hiver, j’ai consacré la majeure partie de mon temps à créer un espace de méditation. J’ai commencé à ramasser les feuilles mortes autour du lieu pour les disposer dans le studio, afin d’y instaurer une odeur de calme. J’ai également réalisé des installations vidéo pour composer de nouveaux paysages sonores, mêlant les sons enregistrés par la vidéo à ceux présents dans l’espace réel.

« Ce qui est en train d’arriver » correspond à une seconde phase de travail, durant laquelle j’ai expérimenté avec des matériaux du quotidien : objets abandonnés, matériaux transformables ou susceptibles de se décomposer sous l’effet des processus industriels, notamment ceux liés à la production alimentaire. La farine de riz fait partie de ce avec quoi j’ai grandi. J’ai simplement voulu y inscrire des souvenirs liés à d’anciennes photographies de voyage, afin de me rappeler que le passé est fragile et peut disparaître si nous n’y prenons pas garde.

La troisième période fut celle de la production d’images réalisées avec un appareil photo argentique. Ce moment représentait pour moi une sortie du rythme accéléré de la vie contemporaine. Je suis revenu à l’obscurité de la chambre noire, prenant le temps d’expérimenter, d’essayer, d’échouer, et de retrouver des savoir-faire oubliés.

Enfin, durant la dernière phase de la résidence, j’ai porté une attention particulière aux objets et outils de la chambre noire : produits chimiques, matériels photographiques, papiers photos périmés. J’ai choisi de les utiliser dans des expérimentations en lien avec un environnement naturel lui aussi en état de disparition, afin d’évoquer les cycles de naissance et d’extinction.

Virya Chotpanyavisut, juin 2026.


Photos © Virya Chotpanyavisut