“Sans Suite”
Dominique Blaise
Exposition du 15 janvier au 26 février 2021


Dominique Blaise, artiste plasticien né en 1943, a étudié à l’École des Beaux-Arts de Paris et a longtemps enseigné à l’École Nationale Supérieure d’architecture de Lyon. Il a exposé, entre autres, au couvent de la Tourette, à la BF15, au Musée d’art contemporain de Lyon, à la Médiathèque Le Rize et plus récemment à l’attrape-couleurs, au Musée National du château de Pau ou encore à la Galerie 116 (Villefranche-sur-Saône). Ses oeuvres ont fait l’objet de nombreuses acquisitions publiques : Musée d’Art Contemporain de Théssalonique, Musée d’Art Contemporain de Lyon, FRAC Auvergne Rhône-Alpes et plusieurs artothèques (Bibliothèque Municipale de la Part-Dieu, Saint Fons, Villeurbanne, Annecy, Vénissieux)... Prochainement, il sera invité à la Galerie de l’Enssib (École Nationale Supérieure des Sciences de l’Information et des Bibliothèques) ainsi qu’au MAC de Pérouge.

Dominique Blaise n’a pas de médium de prédilection. Il réalise des sculptures, des installations in-situ, et pratique le dessin ainsi que la photographie. Dans le cadre de son exposition personnelle à la Galerie Tator, il présente plusieurs oeuvres inédites, qui, comme le titre de l’exposition l’indique, ne s’inscrivent pas, contrairement à de nombreuses pièces de son corpus, au sein de séries, d’ensembles, de paires ou de «suites».

Il dit à ce propos: (...) Certaines pièces se refusent à toute classification, à tout rangement. Leur critère est de n’en pas avoir. Pièces uniques, elles ne ressemblent qu’à elles mêmes. Sans famille, sans descendance probable, on ne pourra ni les dupliquer ni les apparier. (...).

Le travail de Dominique Baise réside principalement dans la trouvaille et l’usage détourné de ready-mades divers et variés, issus de notre quotidien. Ces objets ou matériaux sont utilisés à contre-emploi, consolidés, juxtaposés et parfois menés à rude épreuve: déformés, teints, soudés, mis en tension, ou encore installés en équilibre instable, défiant les lois de la gravité.


‘HORS LOGE (ou L’HEURE DU PÈRE)’
Horloge « Comtoise » et corde.
J’ai beaucoup vu chez mes parents cette horloge Normande au buffet sculpté. Son décor me paraissait extravagant et sa silhouette digne. Je la présente adossée comme il se doit mais inclinée, comme il ne se doit pas. Une corde la retient à 45 degrés. Par conséquent, le mécanisme est sorti de sa loge pour être mis à l’horizontale, ce qui permet de laisser pendre le balancier et les deux poids, celui du mouvement et celui de la sonnerie. L’horloge est en état de fonctionnement mais sa mise en marche exigerait la présence d’un l’horloger de service pour calage et remontage. En outre, on devrait légèrement agrandir le passage des aiguilles pour qu’elle ne frottent pas la caisse. Ces exigences sont inenvisageables sur le temps de l’exposition. L’ heure est donc immobile.
« Le temps suspendu » a dit Marie avec pertinence, notant ainsi un énième titre possible. Cette immobilité me plaît. Comme toutes les horloges arrêtées, celle-ci semble renoncer à exprimer l’écoulement du temps au profit d’un hymne hiératique à la durée.

Dessins pour ‘ANTI CHAMBRE’
Deux dessins au crayon sur Raisin horizontal (50x65).
Il y a d’abord eu un projet destiné à la Factatory. Pensant y regrouper divers SUITES avec ANTI CHAMBRE, dans le grand bungalow, j’en avais étudié les implantations en pan et élévation perspective. Ils ont la fonction d’ un « arbre généalogique de l’exposition» puisque l’agencement actuel de la Rue d’Anvers en découle.

‘BAïLADOR’
Une cape de torero teinte en noir.
Les capes de tauromachie sont d’un coton très lourd et amidonné qui leur permet de tenir debout au repos. J’ai entrepris de teindre en noir celle que je possédais pour en faire un petit monument sombre. Mais son tissu rigide était trop volumineux pour le cylindre de ma machine, empêchant la teinture d’atteindre certaines pliures. Il en a résulté quelques marbrures, pourpre ou jaunâtres, souvenirs altérés du Sang et Or des faces et revers de la cape. Cet objet m’apparaissait tel un danseur immobile. Je l’ai baptisé ‘Baïlador’ (Danseur, orthographié avec un tréma pour indiquer la prononciation hispanique), du nom du toro qui a tué Joselito, en 1920.

‘NAVEGANTE’
Maquette de voilier en corne de bovin et peinture sur toile avec châssis. 
Navegante’, prononcé navéganté avec un accent tonique sur le a, est le nom du toro qui a failli prendre la vie de José Thomas, torero, en 2014.

‘FRAGMENTS’

‘LIT’
Ressorts de matelas, colliers de serrage et feuilles de micocoulier.
L’assemblage peut être lu par synecdoque comme un lit posé sur lit de feuilles.

‘CORPS CÉLESTE’
Ciment et gravier agrégés sur fer à béton.
En manipulant ce pur Ready Made, le fer à béton m’est apparu comme orbite hélicoïdale et la boule en mortier comme astéroïde.

‘STÈLE, à la mémoire de François Morellet’
Trois chutes de ferraillage pour béton et colliers de serrage.
La superposition des grillages carrés rappelle immanquablement les interférences graphiques du célèbre artiste.

Dessins Étude pour Lit de ‘ANTI CHAMBRE’ (grand dessin).
Ce dessin étant proportionné, plus qu’étude, il valait pour Dessin de Projet. La réalisation n’a d’ailleurs pas offert de surprises.

Étude de détail pour Lit de ‘ANTI CHAMBRE’ (petit dessin).
En fait, ce dessin n’a pas eu d’autre utilité que le plaisir que j’ai eu à le faire.

‘ANTI CHAMBRE’

‘TÊTE (de lit)’
Deux demi cercles en fer rond soudés perpendiculairement sur un rectangle en fer plat.
CJ a posé dessus une boite à sardine ouverte et rouillée qui lui va parfaitement.

‘ANTI SIÈGE’
Tapis-brosse posé sur une chaise en plastique moulé.
C’est fortuitement que le tapis s’est retrouvé sur la chaise. Il s’agissait de le faire sécher après un lessivage. Après, on peut croire au hasard objectif.

‘CHEVET’
Pneu de kart usé.
Par sa position, ce cylindre, apparenté formellement aux rouleaux de papier, devient un chevet (table de nuit).

‘LIT’
Arrangement rectangulaire de 247 rouleaux en papier hygiénique, à la proportion d’un matelas.
L’interprétation dénotative et connotative de cet ensemble se passe aisément de commentaire.


http://www.dominiqueblaise.fr/


Photos ©David Desaleux