091 / JUIN À JUILLET 13

'HELICE'

Sébastien CORDOLEANI

Commissariat BL119

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Photos: SébastienCORDOLEANI©2013


Exposition › 07.06.13 › 26.07.13
Vernissage  ›  06.06.13 › 18H30

 

Sur invitation de la galerie Tator, l’Atelier BL119 (Grégory Blain et Hervé Dixneuf), en tant que commissaires invités, programment l’exposition HELICE de Sébastien Cordoleani, designer, dont le travail oscille entre une recherche expérimentale reposant sur les matériaux et procédés de fabrication, et une épure des usages et du dessin. À l’occasion de cette invitation, il présente des prototypes à échelle 1 d’un projet de lampe, revisitant la technique du cannage et du tressage.


Entretien entre le designer Sébastien Cordoleani & l’Atelier BL119, le vendredi 17 mai 2013


Atelier BL119: Alors comment débuter cet entretien ? Pourquoi ne pas nous parler du point départ de ta réflexion sur ce projet. Comment t’est venue l’idée de revisiter cette technique du cannage qui nous évoque le revêtement des sièges Thonet ou encore la couverture du centre Pompidou à Metz réalisée  par Shigeru Ban.

Sébastien Cordoleani: A l’origine c’est un attrait pour un motif, le motif le plus simple du cannage, qui met en jeu 3 brins.
C’est un motif que l’on connait effectivement par son usage en décoration (façade de meuble), ainsi que sur les assises Thonet, et que j’ai pu observer lors d’une visite chez un artisan de bambou au Japon.
Ce qui m’intéressait dans cette technique c’est qu’elle est tellement élémentaire, tellement satisfaisante et ouverte en termes de possibles qu’on la retrouve un peu partout dans le monde, dans des cultures et des pays très variés : des vases ikebana au japon, lampions, nasse, barques au Vietnam, tressage au Mexique etc.
Le cannage est intimement lié à des fibres naturelles qui allient généralement souplesse et nervosité.
Il me semble que c’est un bon terrain d’expérimentation dans le cadre d’une invitation au projet par l’Atelier BL119 et la galerie Tator. Aussi, cette technique artisanale permet une approche initiale directe en termes de maquette et de production, sans exclure une fabrication plus systématisée....

On peut dire que tu transposes une technique ancestrale à un matériau. Est-ce une façon récurrente que tu as d’aborder un projet?

Je suis particulièrement attentif aux procédés et j’apprécie la lisibilité du process dans la forme finale de l’objet. En ce sens, c’est vrai que je puise souvent dans l’artisanat, les folkmuseums et surtout les arts populaires, j’aime les beaux archaïsmes. Beaux dans le sens d’une forme «satisfaisante pour l’intelligence».

Comment procèdes-tu habituellement ? Comment utilises-tu ces éléments? Les intègres-tu à ton dessin, ou expérimentes-tu et le dessin vient par les essais?

Pour le cannage, ça semble simple, mais c’est un vrai casse-tête dès que l’on veut produire du volume, donc l’approche directe avec des bandelettes est la plus efficace. Mais d’une manière générale, ce sont des allers-retours entre une intention dessinée qui laisse place à la rêverie et à des formes symboliques plus radicales et le retour à la réalité avec la matière.

Dans les essais que tu as déjà fait, on voit qu’il y a une évolution, que tu as multiplié les essais et que tu tentes d’autres alternatives face à ton idée de départ.
Tu travailles aussi en pensant à un système, une façon de faire, un process. Peux-tu nous en dire plus?

En fait la question du matériau et de la technique est centrale. A l’origine, je voulais travailler un cuir spécial ayant des qualités de souplesse et la possibilité d’une bi-coloration. Cela nous emmenait dans un univers de lanières et de tension. Cela ne s’est pas fait et le matériau a changé, pour du papier.
J’avais pu appréhender le côté fastidieux du cannage qui posait la question du positionnement des produits (question de l’investissement en temps et donc celle du coût).

Tu intègres donc réellement une notion de coût et de facilité de production dans tes projets? Est-ce systématique ou t’arrive-t-il de réfléchir la forme différemment?

Evidemment une bonne conception en amont permet d'optimiser le processus. C’est systématique car il faut trouver une justesse entre la difficulté de mise en œuvre et le prix auquel peut prétendre un objet. Par ailleurs, exécuter soi-même les premiers prototypes permet de sentir, de manière assez saine et intuitive, les difficultés de développement.

Dans ce projet, tu parles même de laisser la mise en forme ou du moins une partie de celle-ci à l’utilisateur. Est-ce que c’est dans une logique de production, ou est-ce une sorte d’appropriation laissée à l’acquéreur de l’objet?

Dans une logique de production, la pièce est réalisée à plat, d’un seul tenant. Le projet est un système de mise en forme par tension et pliage qui met en valeur des rythmes et moirages. En manipulant les pièces à l’atelier, on s’aperçoit que la question de la forme n’est plus liée au dessin proprement dit. Les formes se courbent selon la qualité du papier mais aussi de manière quasi mathématique. Cela m’a d’ailleurs conduit vers un univers formel plutôt éloigné de la simplicité à laquelle j’aspire. Pour modifier la forme, on peut moduler la hauteur, la torsion, éventuellement ajouter un pli... et c’est assez fascinant, on joue avec le matériau comme avec un mobile. A partir de ce constat, j’ai eu envie de laisser une liberté, lors de la mise en forme. Mais le projet n’est pas terminé : de cette phase de déclinaisons sortira peut-être une sorte de catalogue de possibles à partir d’une même feuille de base.

On n’a pas parlé de la fonction, il s’agit de lampes, à poser, ou à suspendre, le changement de forme a donc un impact direct sur la diffusion de la lumière.

Oui, effectivement on n’a pas abordé la notion de fonction dans ton projet. Tu as eu cette envie dès le départ de travailler sur du luminaire ou cela t’est venu par manipulation?

A la base, je souhaitais faire 3 typologies d’objets relevant des enjeux différents pour le cannage, lorsque le sujet s’est décalé.

Il m’a semblé plus pertinent de me centrer sur un seul élément.

Le travail sur la lampe est intéressant car il lie un travail «sculptural», se référant aux formes historiques des lampes, avec le process et les possibilités offertes par les doubles parois.

Depuis, notre dernière conversation, as-tu pu également faire des essais avec la lumière?

Oui, la lumière a été testée sur chaque maquette, car la double paroi forme un double filtre.

Tu penses que cette question du cannage restera toujours visible à la fin dans ton projet, ou qu’elle laissera place à une découpe plus longiligne? Ou bien n’est-elle seulement qu’une évocation?
On pourrait parler aujourd’hui de cela pour la turbine comme pour le fouet à thé...

On entre dans un univers situé entre celui de la maquette et celui de l’objet réel, en termes de taille également et cela m’intéresse puisque l’objet est aussi une maquette en kit, à monter.

Le cannage a disparu naturellement pour faire place à une technique adaptée au nouveau matériau, il reste sous forme d’évocation, d’un système de croisement de lignes.

Dans notre façon de faire, on aime bien croiser la maquette avec les dessins... On échange par le dessin. Tu évoquais lors de ta venue à Saint-Etienne, que tu dessinais beaucoup. Comment se juxtaposent ces deux pratiques pour toi? Et quels sont tes derniers dessins?

Mes dessins sont surtout des déclinaisons et des listes de possibilités, surtout dans le cadre de ce projet. Ce sont des «Post-it» de formes ou de principes à tester.

Tu comptes les présenter dans l’expo? Cela nous fait rebondir également sur la scénographie. Comment l’envisages-tu?

J’aimerais bien les montrer. En même temps, les essais parlent d’eux mêmes. Concernant la scénographie, j’aimerais présenter les essais sous forme d’étalage horizontal ordonné, comme une suite d’idées, de possibilités, de pistes abandonnées, et verticalement en suspension, montrer le résultat de produits finalisés.

Concernant les dessins, cela pourrait porter à croire que tu dessines peu. Cela est peut être dommage car ils sont complémentaires et font partie de ton processus... Peut-être l’exposition doit-elle être à l’image de ton bureau de travail, une sorte d’atelier, on l’on comprend tout ton cheminement. Qu’en penses-tu?

Oui, je suis bien d’accord avec ça et je souhaite évidemment montrer ces phases de dessins, disons plutôt que je n’ai pas été aussi systématique que j’aurais aimé l’être dans la consignation par Post-it, mais je vais tout rassembler pour les joindre à la présentation.

Tu pensais présenter l’ensemble sur des panneaux de liège. Est-ce toujours d’actualité?

C’est dans cet esprit que j’avais pensé à du liège expansé pour les supports de scénographie et les affichages. Cela pour joindre 2D et 3D sur une sorte de grande table centrale où fourmillent les recherches et au dessus, suspendues, les lampes finalisées... C’est toujours d’actualité.

Après, comme les lampes sont noires (extérieur), en tout cas actuellement, elles sont «bouffées» par le liège obscur et ça marche mieux sur des panneaux plus neutres ou de bambou, donc ça n’est pas figé.

Quel est votre sentiment sur l’évolution du projet?

Les rebondissements du projet sont intéressants à suivre et il apparaît que déboucher sur du papier n’est pas inintéressant. L’image que tu nous a transmise avec tous les essais pris chez toi au sol, pourrait également être restituée.

On a hâte de voir la suite, avec tous les éléments présentés dans la galerie...

Et moi donc ! On a mal aux mains ici !

On imagine, bonne poursuite, à très vite et bonne découpe!


Merci, à très bientôt.

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